29.09.2007
Fausser la démocratie
On reprend les mêmes et on recommence. Dire qu'on fait participer, pour mieux passer outre les cadres de la représentation nationale...
20:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, grenelle, environnement
29.05.2007
Pourquoi s'engager ? La responsabilité personnelle selon Azouz Begag
Je reviens d'une soirée-débat avec Azouz Begag, candidat du MoDem dans la 3e circonscription du Rhône, ancien ministre, chercheur, écrivain (voir bibliographie)
Les impressions sont nombreuses, multiples, diverses, parfois contradictoires (les impressions, pas le discours), comme la France de la diversité. D'abord, il y a l'homme, charmant, plutôt beau, aux intonations variées, jouant parfois ou mimant plutôt d'un accent maghrébin pour souligner son propos, dérapant parfois dans des aigus d'une voix de faucet inattendue, utilisant souvent l'anglais comme sa véritable langue maternelle où les mots lui viennent plus facilement qu'en français.
Le discours est volontaire, comme l'homme, qui n'a pas peur de comparer les candidats démocrates fidèles à Bayrou et à leurs conviction de « résistants ». Il évoque plusieurs fois son parcours qui est sa raison de s'engager dans ce parti, avec son idéologie de la R E S P O N S A B I L I T E . P E R S O N N E L L E .
Un joli proverbe qu'il tient de son père -- et qui fait couleur locale en avivant le souvenir d'une enfance à la Duchère -- est, a contrario, l'explication de son engagement personnel : « Celui qui garde fermée la bouche / Ne risque pas d'avaler les mouches », ou autant dire « ferme ta gueule ». Cela, c'est l'attitude de ses parents immigrés, fraichement immigrés, qui ont le culte du travail et l'idée que la politique, c'est affaire de crabes (ce soir, les crabes étaient des homards, c'est bon aussi) et ne sert pas à nous. Mais « vingt ans plus tard, on sort la tête de son nombril et on commence à aider les autres », c'est-à-dire quand, comme Azouz Begag, à force de travail, de lever très matinaux le jeudi matin (oui, il a cinquante ans, la pause scolaire, c'était le jeudi), on a réussi ; là, quand on est docteur, chercheur au CNRS, on prend conscience que l'engagement est nécessaire, ou plutôt :
l ' e n g a g e m e n t . e s t . u n e . n é c e s s i t é . Cela, Azouz Begag le dit en des termes que tout le monde peut comprendre : « Il faut y aller », « S'engager, ça veut dire militer, croire en quelque chose ».
Au fil d'un long discours toujours attaché à l'expérience personnelle -- pas seulement celle de l'enfant du bidonville, non, aussi celle du ministre, fier d'avoir travaillé avec D. de Villepin lorsque celui-ci a eu l'élégance et l'intelligence de se lever et de s'opposer à une solution militaire en Irak qui ne fût pas précédée de l'ensemble des démarches diplomatiques préalables.
La . d i v e r s i t é . f r a n ç a i s e . est un thème constamment abordé. Parfois avec malice, souvent avec gravité. Bien sûr, « le grand blond d'un mètre quatre-vingts, Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, [...] n'est pas le ministre de l'immigration des Lapons » et il faut craindre que Rachida Dati ne soit qu'un alibi. Azouz Begag tient qu'elle ne serait pas accueillie plus courtoisement dans les cités ou sur les pentes de la Croix-Rousse que Nicolas Sarkozy, car les jeunes gens issus de l'immigration ne sont pas dupes. Sur ce point, je réserve mon jugement ; certes, il ne sont pas dupes, mais il y a tout de même un signal fort, dont il faut voir quel effet il aura. M. Begag reconnaît tout de même : « En 1981, les socialistes avec Jack Lang promettent immédiatement une France Black, Blanc, Beur ; 20 ans plus tard, pas un seul Arabe, pas un seul Noir dans leurs rangs ; et quand je dis Noir, je ne dis pas Africain, mais même les Martiniquais et les Antillais ne sont pas représentés. Il a fallu que ce soit la droit qui leur montre comment faire ». (Noter que l'expression "black blanc beur" est peut-être un peu plus tardive dans sa généralisation, et est depuis 1984 le nom d'une troupe de danse, mais voilà le PS habillé pour l'hiver, ou pour le désert qu'il va traverser.)
Sur la question de la discrimination positive, les réponses semblent contradictoire : « L'Assemblée nationale devrait avoir la gueule des gens qu'on voit dans le métro ou de l'équipe nationale de foot -- [continuant avec un sourire] ah non, là, il ne faut peut-être pas exagérer » face à « la discrimination positive, je suis contre à 100 % », mais c'est cela, la difficulté du retard de l'égalité en France. Evoquer la simple égalité sonne déjà comme promouvoir une discrimination positive. Et ce que veulent Azouz Begag et le MoDem, c'est l'égalité pour tous, la chance pour chacun, pas de quotas, mais faire en sorte que les gens s'en sortent. Pour certains, cela doit passer par l'aide de l'Etat (Azouz Begag a travaillé au Samu social), mais pour la plupart, il faut juste un
d é c l i c .
Sa candidature, son engagement, sa présence à l'Assemblée nationale doivent être un déclic pour des jeunes gens, bien faits, beaux gosses, forts et en possession de tous leurs moyens, pour « les immigrés lapons ou les Arabes qui vous volent votre VTT, fument du chichon et ennuient leurs voisins au bas de l'immeuble », pour tous ceux qui se sentent discriminés et soumis à l'injustice, y compris celle de la Justice. A tous ceux qui se sentent lésés, il veut dire, j'y suis arrivé, c'est ça la France, où chacun a sa chance s'il travaille. « Les Socialistes ont fait croire à trop de gens que le train de l'Etat allait passer devant leur porte tous les matins ». L'engagement en politique, c'est contribuer à créer le déclic, afin que chacun sente sa responsabilité personnelle. « L'exclusion, c'est [aussi] dans la tête, c'est de l'autocensure » (je me permets de rajouter "aussi", car le contexte était très clair sur l'existence du racisme, mais sur l'importance de passer outre, de prouver ce que l'on vaut, ce que l'on veut, plutôt que de se laisser enfermer et de se laisser dérober le sol sur lequel on est, l'importance de s'approprier la France plutôt que d'accepter les clichés).
Cela, c'est la part la plus personnelle du discours, on imaginera facilement comment, dans cette toile riche, ont pu venir se tisser les autres thèmes et propositions du MoDem ; on retiendra la volonté de « désincarcération politique », l'engagement en faveur de la construction des logements sociaux, de l'Europe, de la droiture, l'idée qu'une Assemblée monocolore ne pourrait plus être le lieu d'un débat sain, car les consignes de vote et les menaces de non-investiture sont trop fortes. Trois points plus discutables : dénoncer l'ouverture du gouvernement de Sarkozy, au prétexte que c'était l'idée de Bayrou (oui, c'est vrai, Sarkozy critiquait l'UDF pour son ouverture et dévitalise la gauche et le centre en débauchant certains de leurs membres les plus éminents) ; dénoncer les sondages (la critique n'est pas fausse, mais vouloir les interdire six mois avant l'élection présidentielle est problématique) ; dire que le traité portant constitution de l'Europe était illisible (ce n'est pas très digne d'un éminent chercheur).
A mettre en bonne place : l'éloge de « l'esprit critique » et du « principe de réfutabilité », l'éloge de la lecture, par laquelle « le citoyen nourrit son esprit critique », puisque « la France est le plus beau pays au monde », un pays où « on trouve partout une bibliothèque gratuite à moins de 300 mètres ». Azouz Begag a même incarné sa métaphore en comparant la façon de lire des talibans qui basculent jusqu'à toucher le livre du front à la distance qu'il faut prendre envers le livre pour ne pas se cogner à lui, pour ne pas se laisser inculquer des idées fausses, pour « avoir le monde à distance, se construire une opinion personnelle dans un rapport distancié au livre ».
« Avant de l'élire, il faut le lire. » L'écouter, c'est très bien aussi.
22:36 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : MoDem, Lyon, Begag, bibliothèques, responsabilité, politique


