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13.08.2007

Réforme des universités (1) : l'oubli des grandes écoles

La réforme sur les universités est un soufflet qui semble retombé, mais qui se relèvera assez vite, car la crise est profonde. Le gouvernement a publié les motifs de son action. François Bayrou, dans son discours à Strasbourg le 12 février 2007, ne dit, au fond, pas autre chose. Il y est en effet très largement question de la réforme nécessaire des universités, de l'exigence accrue que les étudiants doivent avoir face à eux-mêmes, de l'exigence accrue qui doit régner à l'université et du besoin d'autonomie des établissements universitaires.

Mais dans ce débat, un point important est généralement passé sous silence : la place des grandes écoles.

Dans Projet d'espoir, les mêmes idées avaient été exprimées pour la réforme, avec une mention d'un problème spécifiquement français : l'absence de reconnaissance attaché au titre de docteur, qui s'explique par la sociologie des élites françaises. En effet, les élites de chez nous ne sont pas principalement issues du modèle universitaire. Sur ce propos, voir l'étude « Universités et grandes écoles » de Jean-Richard Cytermann, dans Problèmes politiques et sociaux, n.936, mai 2007. Dans tous les domaines nous disposons d'écoles qui sont détachées des contraintes de l'université, distribuent des diplômes qui n'ont aucune équivalence sur le plan universitaire, et qui sont, il faut le dire, beaucoup mieux dotées. En musique, c'est le Conservatoire de Paris, avec son prestige international, qui écrase les facs de musicologie. En sciences, il y a Polytechnique, les Mines, Normale Sup. En sciences humaines, il y a Normale Sup, encore, l'Ecole des chartes, pour des enseignements non dispensés à l'université. Enfin, pour de nombreux métiers dans l'administration, il y a des écoles spécialisées : en administration (ENA, IRA, CEES), en bibliothèques (ENSSIB), en musées et archives (INP); idem pour les magistrats et les policiers. (J'en oublie sans doute.) A cela s'ajoute que les grades universitaires ne sont pas un sésame, même pour la fonction publique, puisque les recrutements s'y font par concours partiellement déconnectés des réussites universitaires (notamment l'agrégation qui nécessite un niveau M1, donc en dehors des grandes articulations L,M,D). Dans un rapport très récent, de mai 2007, sur L'Enseignement supérieur en France - Etat des lieux et propositions, disponible en ligne, l'équipe de rédaction animée par Robert Chabal, ancien directeur pour la science et la technologie à l'OCDE, consacre à ces nombreuses grandes écoles que peu de place (pages 101-108, sous le titre "écoles d'ingénieurs et de gestion", avec omission d'une partie des grandes écoles qui ne forme ni ingénieurs ni commerciaux).